Les Samedis matin de GO


Les Elus de GO Citoyenneté proposent une fois par mois, un débat sur des sujets de politique locale suivi d’un échange convivial autour d’un pot.




Samedi 21 mars 2010"


TRANSFORMER VOTRE QUARTIER ?  POUR QUOI FAIRE...
CENTRE SOCIAL TEISSEIRE


Annonce par Gilles Escala du prochain samedi le 4 mai.


Rappel rapide par Jean-Philippe MOTTE de l’ambition de la politique de la ville qui prend son origine dans le rapport DUBEDOUT de 1982 « Ensemble refaire la ville » avec ses deux enjeux majeurs et conjoints :
- renouvellement urbain (le cadre bâti, intégration des quartiers dans la ville)
- développement social (les habitants, leur promotion collective, leur capacité à être des citoyens à part entière).



La réflexion s’appuie sur deux interventions, celle de Hassen BOUZEGHOUB (HB) Directeur du Plateau et celle de Mounira DABAJI (MD),chargée de mission sur les unités résidentielles à ACTIS et membre du CA de GO. Il est bien noté qu’ils parlent.

HB
1er constat : la politique menée répond à des problèmes qui ne vont pas de soi, impensables dans d’autres contextes. Démolir des logements comme on vient de le faire dans le quartier Mistral est apparu totalement incompréhensible à des visiteurs venus de bidonvilles du Brésil.

2/ le quartier Mistral est un quartier où se côtoient 35 communautés, 40% de la population active est au chômage. Mais vivre dans ce quartier populaire où il y a beaucoup de gens pauvres ne donne pas pour autant le sentiment d’avoir raté sa vie. Certes il faut en sortir parce qu’il y manque de ressources, mais à trop avoir répété ce leit-motiv « il faut en sortir » on a développé un sentiment de culpabilité : coupable d’habiter là et d’y rester.

3/ présentation du Plateau : cet équipement « jeunesse, sports, culture » a été posé à la jointure du quartier Mistral et du quartier des Eaux Claires. Mais ce déplacement par rapport à la situation de l’ancienne Maison pour Tous a été soigneusement préparé et accompagné afin qu’il accueille effectivement des jeunes des deux quartiers. Ce soin est certainement un des éléments du succès qu’il rencontre et qui supposait que les responsables aient une connaissance approfondie de la réalité sociale. Il sera souligné un peu plus tard combien il a fallu cette attention pour transférer tous les savoir-faire en les intégrant dans un solide projet pédagogique.

4/ Mistral est un quartier dans lequel il y a eu beaucoup d’interventions de politique de la ville et la situation qui reste difficile fait dire à certains que la politique de la ville n’a servi à rien. Mais cela relève d’une évaluation hâtive car que serait aujourd’hui ce quartier sans ces interventions spécifiques ?
Ce serait une conclusion dramatique de retirer ces moyens au prétexte que tous les territoires sont aujourd’hui touchés par la crise. Selon HB il faut continuer à mobiliser des moyens renforcés sur ces territoires fragiles, même si les méthodes d’intervention sont peut-être à repenser et qu’il faut continuer à s’inscrire dans des démarches innovantes et complètement « en phase » avec la réalité du quartier.

MD :
Teisseire et Mistral sont deux quartiers bien différents par leur histoire et leur peuplement, mais aussi par les interventions publiques.
Les habitants, dit-elle, aiment leur quartier et l’investissent positivement, mais il faut qu’ils puissent être entendus par les élus.
Le quartier est en pleine transformation et une initiative importante a été ce qu’on nomme « la résidentialisation » dont s’occupe MD.
Ce projet répond au constat d’un mauvais respect de l’espace public et l’idée d’y remédier "en privatisant" les abords proches des immeubles, les transformant ainsi en « résidences ». Ce projet s’inscrit aussi dans un objectif de « mieux vivre ensemble » et a été porté par ACTIS, bailleur social. Des comités de résidents sont crées donner la parole aux habitants, les écouter et les accompagner dans les changements perçus comme positif pour certains mais plus difficiles pour d’autres (par exemple les augmentations de charge même si elles sont l’envers d’une amélioration de la qualité urbaine.) Les personnes référents parlent au nom du collectif. Elles interpellent, font l’apprentissage du temps long de la réponse. Elles tiennent à être respectées et sont capables d’entendre les refus à certaines de leurs propositions dès lors qu’ils ont en face d’eux des interlocuteurs qui ont aussi appris à les écouter.
Le quartier compte ainsi 42 référents. MD estime que le pari de favoriser de la citoyenneté est en partie gagné, en tout cas « ce qui s’est réalisé est considérable ».

Après ces deux présentations le débat s’engage avec les participants (habitants, un ou deux professionnels venus à titre personnel, des membres de GO).

TRANSFORMER VOTRE QUARTIER ?  POUR QUOI FAIRE...
Un professionnel souligne que ces transformations ont obligé aussi les professionnels à modifier leur mode d’intervention.

La comparaison entre les deux quartiers montre combien la préoccupation de la place des jeunes a été très différemment prise en compte sur les deux quartiers. A Teisseire le « foyer » maison pour tous a été relégué. Gilles Escala évoque la liquidation du DAJT (Dispositif d'Animation Jouhaux Teisseire) l’association qu'il présidait et qui avait été créé à la suite du fiasco des deux MJC de Jouhaux et Teisseire et de son non remplacement à ce jour par quelque chose qui pourrait canaliser positivement l’énergie des jeunes.

La question du lien entre les associations et l’union de quartier est évoquée et la nécessité sans doute de mieux coordonner tous les efforts ;
Réflexion aussi sur la rue comme lieu de vie important et la nécessité d’être en capacité d’assurer une présence mobile.

Le centre social quant à lui s’est engagé dans une démarche de démocratie participative avec un lien nouveau entre les deux quartiers Teisseire et Malherbe. D’autres liens se sont crées entre les habitants et les professionnels. Le petit déjeuner hebdomadaire est un lieu réel d’échanges et de liens. La pratique régulière du Théâtre Forum redonne confiance, en révélant les capacités de chacun à analyser les problèmes et proposer des solutions. De nouvelles formes d’aide et d’entraide s’inventent. Il est évoqué la création d’une tontine.

Un habitant qui joue son rôle de critique et sait exprimer le mécontentement et les revendications des gens du quartier reconnaît ici « en off » que beaucoup d’initiatives positives existent et que les changements sont à porter en positif au bilan, même s’il y a toujours des regrets sur l’avant et qu’il ne faut pas se satisfaire de l’existant.

Les comparaisons entre les deux quartiers s’avèrent intéressantes, comme si chacun avait réussi ce que l’autre n’a pas su faire. « Si ce n’était pas Mounira qui le disait, je n’aurais pas cru possible qu’il y ait 42 référents constitués aujourd’hui en association. » (HB)
Mais a contrario, le Plateau apparaît comme un rêve lointain et inaccessible au regard de ce qui est proposé à la jeunesse de Teisseire.

Un échange assez long a lieu sur les conditions de réussite de transfert d’un lieu et des transformations d’activités comme ce fut le cas à Mistral entre la Maison pour Tous et le Plateau : s’appuyer sur ce qu’on savait faire, mais formuler «un contenu pédagogique solide » autour du projet de « vivre ensemble » qui traverse toutes les activités et fait de l’accompagnement des jeunes un projet global d’insertion sociale.

A Teisseire, après plusieurs projets qui paraissent plutôt des échecs, il est noté que depuis mai 2008 rien n’a été proposé aux jeunes.

Certaines pratiques municipales sont également dénoncées, lorsque des intervenants parachutés viennent se substituer pour un temps à des professionnels en place puis repartent rapidement.

Dans le même constat de discontinuité il est souligné combien le principe même des CUCS (Contrats Urbains de Cohésion Sociale) reposent sur une durée limitée et le risque de concurrence entre projets.

Il est souligné également combien une politique de la jeunesse doit pouvoir articuler du formel et de l’informel et qu’une équipe soudée doit créer avec patience la confiance. Il y a urgence à Teisseire où les jeunes seraient de plus en plus éloignés d’en espace public partagé. Il faut aussi accepter un espace non aseptisé, le droit à l’erreur,


Concernant la mixité (filles/garçons) dans les équipements HB répond qu’il n’y a pas de problèmes particuliers, que les filles sont tout aussi présentes que les garçons et que, les uns et les autres se connaissant depuis toujours, les rapports sont aisés.

Une question est posée concernant les rapports entre associations, notamment avec les associations d’obédience musulmane. Il ne semble pas qu’il y ait une vraie demande de rencontres, c’est un peu « chacun chez soi ».

Mais c’est au niveau de l’école que la non mixité sociale des quartiers semble la plus lourde de conséquences négatives et impose un renforcement de l’action éducative, dans le temps même où on assiste à un désengagement de l’Etat.

Une vie quotidienne améliorée dans un cadre de vie rénové peut aussi contribuer à une reprise de confiance dans ses propres capacités, dans l’action publique, ainsi que les uns dans les autres.
C’est sur ce mot de confiance que la matinée se termine.

Marie-France Motte