Un CPE mort-né

On ne gouverne pas une société en prenant la jeunesse en otage. La mesure présentée par le Premier ministre, en personne, est d’abord une posture exprimant une image de fermeté, d’autorité et de rapidité dans l’exécution de la manœuvre. L’obstination de Villepin contre l’opinion de 63% de Français et contre le rejet de ses méthodes de gouvernement sont la marque d’une volonté d’engager derrière lui, dans la course présidentielle à droite, son électorat. Personne ne s’y trompe.



Chirac l'opportunité politicienne


Le discours du Président de la République du vendredi 30 mars, en réponse à l’action des lycées, des étudiants et des syndicats réunis dans une même opposition, vient d’enterrer le CPE tout en le promulguant. Il reconnaît que le CPE présente des mesures inacceptables pour les jeunes - sa durée de deux ans et la non-motivation de sa rupture - et pourtant il juge que le CPE est un bon projet. Il demande ensuite que le CPE ne soit pas appliqué en l’état et il promulgue la loi qui le contient. Difficile de manier la contradiction en si peu de mots. En réalité, la décision de Chirac est un nouvel épisode de la lutte à laquelle se livre les deux futurs candidats de la droite à Présidence de la République en 2007. Dans cette lutte sans merci, Chirac prend le parti de ViIllepin qu’il ne veut pas désavouer malgré sa pratique autiste et aventureuse du pouvoir. Oubliant les conditions de son élection en avril 2002 qui a réuni au deuxième tour une opposition à le Pen, Chirac vient de manifester la faiblesse et les contradictions de son gouvernement. Sa décision est de pure opportunité politicienne.

Le CPE : le symptôme d’une société en crise


Le CPE, loin d’être un dispositif permettant aux jeunes les plus démunis d’entrer dans le monde du travail, est d’abord un dispositif imposé sans concertation avec les forces syndicales. Il présente, par son caractère arbitraire, une expression de mépris et d’incompréhension devant les difficultés d’intégration des milliers de jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification. Aujourd’hui, le CPE est devenu le symptôme d’une société en crise, d'une impuissance à traiter la question de l'emploi et celle de la politique éducative permettant l'égalisation des chances.

La société française ne peut plus se prévaloir d’un modèle social qui, loin de la placer dans une situation dynamique susceptible de répondre aux enjeux de la mondialisation, la condamne à la stagnation et à l’éclatement. C'est une réalité qu’il faudra bien finir par accepter.

Ce qui est en jeu est la sortie d’une crise sociale et politique qui s’est accentuée depuis 2002. Rejeter la mondialisation demeure une pure incantation. En revanche, établir les régulations et les mesures de solidarité, à l’échelle de l’Europe, à l'encontre des logiques financières, est une nécessité. Établir une flexibilité du travail qui engage la responsabilité des employeurs et de l’État, et qui soit établie au bénéfice des salariés, est une autre exigence.

Il n’y a pas d’autre issue que celle de réformes* conduites sur la base d'analyses partagées et dans la concertation avec les forces vives du pays. Toute autre solution est vouée à l’échec, comme le montre la succession des politiques de l’emploi et des politiques éducatives depuis plus de vingt ans. Faute d’impliquer les forces vives (associations, syndicats, ..) et bien sûr les citoyens, elles conduisent aux mêmes impasses.


* Selon Zaki Laïdi, dans une société démocratique, le réformisme suppose la réunion de quatre conditions :
- une certaine vision du monde ;
- un diagnostic largement partagé sur la réalité des blocages qui freinent un changement indispensable ;
- une implication réelle constante d'amont en aval de tous les acteurs concernés ;
- une prise en compte du temps long dans la résolution des problèmes.

Un CPE mort-né

Lundi 3 Avril 2006
Grenoble Citoyenneté
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