TRIBUNE DE GOlA propos des repas "sans viande", dans les cantines scolaires de Grenoble
La Ville de Grenoble se pose la question de proposer, en remplacement des repas sans porc, des repas sans viande, "plus adaptés aux évolutions culinaires et moins stigmatisants".
Vous trouverez, ci-dessous, la position du groupe GO Citoyenneté, à ce sujet.
1. La situation :
La ville de Grenoble propose chaque jour 6300 repas aux enfants des écoles primaires de la ville. Le cout d'un repas est au quotient familial. Les plus bas revenus paient 0, 73€ le repas De plus en plus d'enfants mangent à la cantine (actuellement 70% inscrits) Il n'y a pas de critères de sélection pour s'inscrire. Les repas sont composés maintenant de 25% de produits biologiques La restauration municipale propose déjà 16 menus différents, dont 2 pour la cantine scolaire : repas classique et repas sans porc 2. La piste de travail : Le constat :- 30% des familles choisissent le repas sans porc (2000 repas/jour) - Dans certaines écoles, 1/3 des enfants ne mange pas le plat principal (Avec tous les problèmes que cela peut poser lorsque le projet pédagogique prévoit que les enfants sont incités à goûter à tous les plats). - Pour certains enfants le repas à la cantine est le seul repas équilibré de la journée - Des crispations importantes perturbent le travail des agents des cantines sur ce sujet - Evolution de la demande des familles et des habitudes culinaires La formule étudiée : A côté des repas classiques, proposer des repas "sans viande" équilibrés grâce à d’autres sources de protéines, ainsi qu'améliorer l'offre concernant les repas spécifiques (PAI) Les avantages de cette formule : 1. Permettre à tous les enfants de manger un repas équilibré. 2. Répondre à l'évolution de la demande des familles : pour raisons philosophiques (végétariens) religieuses ou environnementales. 3. Substituer aux repas sans porc à connotation religieuse, des repas moins stigmatisants La laïcité nous paraitrait mieux défendue dans la mesure où le choix du "sans viande" est moins discriminant et connoté que le "sans porc". Elle contribuerait ainsi à un "mieux vivre ensemble" Cette solution supposerait donc de proposer, en plus du menu standard, un autre repas où la viande est remplacée par du poisson, des œufs, des quenelles, des steak céréaliers ...Le repas sans porc ne serait plus nécessaire et pourrait être supprimé. En revanche, la préparation des repas selon des rites particuliers (halal ou casher, par exemple) est inenvisageable. Cette solution nécessiterait d'être bien travaillée avec les agents et les animateurs de la cantine afin d'éviter toute tentation communautariste ou discriminatoire dans son fonctionnement et bien entendu, sans qu’il soit question de composer des tables distinctes. 3. La démarche : Dans la mesure où cette question repose sur un choix de la ville qui ne concerne pas seulement l'aspect culinaire du repas à la cantine, la démarche de prise de décision nous paraît importante. Plusieurs acteurs doivent être consultés et en priorité les fédérations de parents d'élèves. Pour information rappel des démarches engagées par la ville : - Réunion d'un groupe de travail des élus de la majorité (Octobre et novembre 2009) - Rencontre avec des associations laïques et de lutte contre les discriminations (Janvier 2010) - Rencontre avec les Fédérations de parents d'élèves (Janvier et Mars) - Rencontre avec le groupe interreligieux (Février) - Rencontres en cours avec différents personnalités ressources (Mars) 4 . Le contexte français A ce jour, quelques grandes villes ont mis en place cette formule : Roubaix, Strasbourg, Lyon ...Cependant, la grande majorité des adjoints à l'éducation du Réseau Français des Villes Educatrices, se posent cette même question. L'exemple Lyonnais est intéressant : consultation engagée par la ville en collaboration avec la LICRA / signature d'une charte de principe adoptée notamment par le MRAP, SOS Racisme et la LDH et les responsables religieux, / mise en œuvre en Septembre 2008. 5. L'actualité à Grenoble Suite aux différentes consultations en cours, un groupe d'associations laïques nous a alerté et a transmis un courrier au maire de Grenoble affirmant que : " le service public de restauration scolaire, non obligatoire mais socialement indispensable et en continuité éducative avec le service public d’enseignement, doit respecter les mêmes principes de laïcité, de neutralité et d’égalité, et privilégier l’intérêt général, en l’occurrence celui des enfants, sur toutes considérations particularistes de croyances ou d’opinions des parents ... ...Nous pensons que vous devriez vous en tenir aux principes que vous avez réaffirmés et à l’existant (menus alternatifs au porc) et donc ne pas donner suite à la demande de généralisation de »repas sans viande » émanant d’un groupe très minoritaire de parents. ; D'autres associations ne se sont pas associées à la teneur de ce texte dont la FCPE. Nous avons bien conscience que ce débat divise certaines associations laïques et socio culturelles, ainsi que des parents et des enseignants eux même. Les arguments opposés recueillis sont essentiellement liés au reproche de " céder à des groupes de pression intégristes" ainsi qu'au risque de "mettre le doigt dans l'engrenage d'autres demandes communautaristes". Cependant, la pression (très limitée) de certains parents n'est pas nouvelle et non déterminante. Chaque année la ville enregistre quelques demandes de familles qui pour des raisons religieuses refusent la viande. Ce n'est pas à cette revendication qu'il s'agit de répondre mais d'abord à une urgence, celle de permettre à plusieurs centaines d'enfants qui ne mangent pas le plat principal à la cantine de disposer d'un menu équilibré, puis de prendre en compte l'évolution de la demande sociétale en matière culinaire, enfin d' être plus cohérent en proposant un menu moins stigmatisant que le sans porc. L'atteinte au principe de laïcité est un risque constant sur lequel la vigilance est de mise....mais pour autant faut-il se réfugier sur la défensive et le statut quo ?. Notre système laïque n'est pas figé en l'état, ce serait à notre avis, une grande force de savoir sur certains aspects, le faire évoluer, dans un esprit de tolérance, d'ouverture, de prise en compte de la diversité, et sans lâcher ses valeurs. Paul Bron Si vous souhaitez réagir à cet article : grp-politique.go@ville-grenoble.fr Mardi 23 Mars 2010
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