J'ai pris connaissance de votre diagnostic sur l'échec de l'Idex et la responsabilité des collectivités locales dans cet échec.
Pour passer environ 15 heures par semaine depuis 10 ans sur les questions universitaires, sur le terrain, domaine universitaire, Grenoble INP, Montbonnot, CHU comme Presqu'île Scientifique et faire la promotion du site au niveau national, je crois avoir une vision assez large du site grenoblois, de son formidable potentiel, de la qualité de sa recherche, de sa formation, du dynamisme de ses équipes.
Les collectivités territoriales que je représente, dans un contexte budgétaire contraint, et en dehors de leurs compétences légales, soutiennent sans discontinuité les projets de recherche, de formation, d'écoles doctorales, de congrès, sciences dures comme SHS, à hauteur de 50 millions d'euros par mandature (dont 10 pour la ville de Grenoble, le reste pour la Métro).
C'est un effort de 100 millions d'euros en 10 ans sur le CPER, le plan campus, les projets structurants (Nanobio sur les 2 sites, Minatec, Pilsi/CRI, Environalp, Innovacs, Maison de la Création, IEP...). La Métro, après Biopolis et Eve, assure la maîtrise d'ouvrage de Nanobio, de la rénovation/extension de l'IEP, et est sollicitée pour d'autres maîtrises d'ouvrages. Je préside ces comités de pilotage et engage ainsi la responsabilité financière et morale de la Métro. Je n'évoque pas l'engagement important de la Région Rhône Alpes qui assume au-delà de ses obligations le financement de l'ESR.
Je participe assidûment aux réunions de GUI, du Pres, au CA de Grenoble INP et suis présente, parfois bien seule, lors des manifestations scientifiques du week-end au musée de Grenoble, à Minatec ou ailleurs.
Alors, si vous vous basez sur une absence à une manifestation (c'était peut être un mardi ou un mercredi, jour de présence à Paris pour les parlementaires), c'est une appréciation un peu rapide. Il est vrai que les dizaines de manifestations ou inaugurations auxquelles j'ai représenté la Métro ou la Ville sur le domaine universitaire n'ont jamais fait l'objet de photos ou comptes rendus citant cette représentation dans les journaux produits par les services communication des établissements universitaires concernés : la neutralité sans doute ou l'indépendance par rapport aux politiques. Ce qui explique peut être une certaine méconnaissance de votre part.
Si les collectivités sont blâmées pour l'échec de l'Idex, pourquoi ne seraient-elles pas créditées des résultats exceptionnels des Labex et Equipex, ainsi que de l'IRT, du plan Campus ? Ne serions nous responsables qu'en cas d'échec ?
Pour votre information, si les collectivités avaient été fortement associées aux projets mentionnés ci-dessus, elles n'ont jamais été invitées au comité de pilotage de l'Idex, malgré mes demandes réitérées au CA du Pres. Pourquoi ? Je l'ignore, aucune raison ne nous a été donnée et le refus a été courtois, mais constant.
Je maintiens, et c'est un sentiment partagé, qu'il y a un paradoxe entre la reconnaissance scientifique du site, confirmée par la deuxième vague de Labex, et la disqualification sévère de l'Idex. Et, pour en avoir discuté au niveau national avec le CGI, la notion d'innovation n'a rien à voir avec cette disqualification, d'autant que l'innovation ne peut se faire sans une recherche amont, fondamentale, essentielle et une recherche plus orientée, voire partenariale avec l'industrie, dans une répartition plus équilibrée que celle proposée par les IA et l'ANR.
En manifestant notre perplexité et en réaffirmant notre objectif de l'Université de Grenoble, nous avons joué notre rôle d'élus défendant les atouts du territoire. Il y a eu suffisamment de courriers et mails critiques diffusés au niveau local, régional et national sur les dissensions internes, ce n'était pas la peine d'en rajouter. Les problèmes internes, qui existent dans tous les sites, se règlent généralement en interne ailleurs. Pas à Grenoble, c'est peut être le revers de la transparence que nous pratiquons parfois à outrance...
Vous attribuez l'échec de l'Idex en grande partie à sa gouvernance : c'est votre diagnostic. Depuis la loi LRU, l'autonomie des universités a été confirmée et les collectivités ne participent plus à l'élection des Présidents d'université. Nous ne pouvons donc pas être tenus pour responsables de la qualité de la gouvernance actuelle, telle que vous la décrivez.
Ce que j'ai constaté, de l'extérieur, c'est que les directeurs de laboratoire, qui représentent la dynamique et l'avenir de la recherche, l'enseignement supérieur et l'innovation dans notre ville, ont été peu impliqués dans les différents projets structurants en cours. Il faut dire que le flux des réorganisations laissait peu de temps aux présidents et à leurs équipes pour la communication interne.
Je me réjouis des élections prochaines et de la venue d'une nouvelle génération tant sur le domaine universitaire qu'à Grenoble INP (une femme en plus, très compétente, quel bonheur dans une représentation encore très masculine...) qui devraient donner un avenir commun et cohérent à notre site, en toute collégialité.
Je ne peux pas laisser dire que les collectivités territoriales n'ont pas suffisamment soutenu l'Université de Grenoble. Il y a dix ans, lorsque j'avais déjà évoqué d'enlever le "s" de Grenoble Universités et, au-delà, de développer une politique de site partagée et une mutualisation entre les établissements, écoles comme universités, on m'avait rétorqué fermement que c'était trop tôt, que les établissements universitaires n'y étaient pas prêts. A posteriori, je le regrette car c'eût été plus facile dans la configuration de cette époque, moins secouée par les réorganisations imposées d'en haut. Les collectivités ont par ailleurs, à plusieurs reprises et encore très récemment, eu l'opportunité, de mettre les présidents d'université et l'administrateur général de Grenoble INP en face de leurs responsabilités et la deuxième présentation écrite de l'Idex témoigne de cette adhésion de tous les établissements à l'Université de Grenoble. Nous ne pouvions être plus clairs ni nous ingérer davantage. Nous avons bien pris nos responsabilités.
Sur la multiplicité des acteurs de l'Idex, je ne partage pas votre avis. La force du site grenoblois (étendu au sillon alpin), ce sont bien les partenariats, laboratoires et projets mixtes entre organismes de recherche nationaux, universités, équipements européens : c'est une chance, un atout formidable et il faut s'en réjouir. C'est à Bercy et au CGI à s'adapter aux spécificités qui font la richesse d'un site, pas le contraire : sinon, à quoi bon l'autonomie ?
Je suis à votre disposition pour dialoguer sereinement sur l'avenir de l'université et la recherche à Grenoble. Soyez assuré de l'attachement profond des collectivités territoriales à ce précieux patrimoine, qui ne nous appartient pas, pas plus qu'aux seuls scientifiques et personnels de recherche, mais qu'il nous appartient collectivement de nourrir et développer pour le transmettre, encore plus fort, aux générations suivantes. Dans l'immédiat, j'ai confiance dans la gouvernance qui s'annonce et veillerai à ce que les collectivités territoriales que je représente, ville et Métro, dans la limite de leurs ressources financières, de compétences et de la place qui leur sera faite par les établissements, continue à soutenir sans faille un projet fédérateur, ambitieux et démocratique pour l'ESR dans le sillon alpin, à partir du pôle grenoblois.
Bien à vous.
Geneviève Fioraso.