QUAND LA CULTURE, NE FAIT PLUS BOUGER LA POLITIQUE

Je prends le contre - pied du thème développé sur le versant Bifurk (Quand la culture fait bouger la politique !) du forum de Libération, parce que j'ai pu constater un lourd déficit de relation entre les paroles citoyennes qui ont pu s'exprimer à la Bifurk et celles des experts qui ont offert de "spectaculaires" échanges dans l'enceinte de MC2.
Nous avons dit à GO que nous serions attentifs à cette synergie, dont acte !



Introduction : rhétorique de la crise

QUAND LA CULTURE, NE FAIT PLUS BOUGER LA POLITIQUE
La crise globale de la société et du politique est à l'image du système culturel et éducatif, en décalage avec les attentes de la population, qui ne se reconnaît plus dans ses élites et le manifeste par ses votes !
Pour autant, il ne faut pas s'enfermer dans une rhétorique de la crise, au risque d'occulter les mutations à l'œuvre. Car un monde est en train de disparaître, sans disparaître tout à fait, et un nouveau monde voudrait naître qui n'y parvient pas encore.
• Pourquoi les systèmes culturels et éducatifs français sont - ils à bout de souffle ?
• À quelles conditions, peut - on sortir des impasses dans lesquelles ces deux systèmes ont été enfermés ?
• Chantiers à ouvrir pour favoriser le changement.

Impasses des politiques culturelles et du système éducatif.

QUAND LA CULTURE, NE FAIT PLUS BOUGER LA POLITIQUE
Pour la Culture : la crise actuelle trouve son origine dans le système jacobin créé par André Malraux, perpétué par les quelque 25 ministres de droite et de gauche qui lui ont succédé.
Ce système était probablement nécessaire en 1958 dans un pays historiquement centralisé par un triple héritage monarchique, révolutionnaire et républicain.
Mais, il comportait en son sein, le germe qui ne manquerait pas de le détruire : la double rupture avec l'éducation nationale et l'éducation populaire.
Après 50 ans de "Démocratisation culturelle", et, l'aménagement significatif du territoire que ces politiques de "Développement culturel", ont permis… il faut reconnaître que le système peine à s'adapter, aujourd'hui, aux profondes mutations de son environnement national et international.
• Au plan national, toutes les enquêtes soulignent l'échec de l'entreprise de "Démocratie Culturelle", qui butte sur une "fatalité" sociologique de 20 % de la population ;
• Au plan international, la position de repli de la France, à travers la défense de "l'exception culturelle", a fragilisé un pays qui s'enferme dans une citadelle culturelle, (même pas assiégée !), qui n'a pas vu la montée des NTIC et l'émergence d'une société plus interculturelle.
C'est ainsi que les "professionnels de la profession", les institutionnels, soucieux de leur survie, oublient les territoires qu'ils doivent cultiver et les populations qu'ils devraient ré - enchanter.

Pour l'Education, il suffit de jeter un regard sur les disparités pour se dire que l'école, parfois injustement, cristallise tous les maux de la société. Fondée sur le mythe de l'égalité des chances, l'école n'a jamais pu atteindre cet objectif. Elle a réussi le pari de la massification (tous les enfants d'une classe d'âge la fréquentent), mais elle n'a pas réussi celui de la démocratisation (pour une importante minorité de plus de 20 %, qui reste emprisonnée dans des inégalités, sociales, culturelles, urbaines).

Les crises conjointes de la culture et de l'éducation ne sont pas étrangères à l'exclusion sociale. On ne pourra pas accepter durablement, je crois que l'on n'accepte plus, que l'école et la culture soient, sans risque, un miroir de nos inégalités.

Sortie des crises…

QUAND LA CULTURE, NE FAIT PLUS BOUGER LA POLITIQUE
Sortir de ces impasses, implique de regarder en face la société dans laquelle on vit, et d'en accepter les mutations et les transformations
• La territorialisation de plus en plus affirmée des politiques publiques. Il faut accepter la décentralisation de fait et de droit. Et sortir des politiques locales qui sont les ombres portées de celles d'un Etat, descendant et condescendant ;
• La montée en puissance des NTIC, bouleverse les données juridiques (droit d'auteurs pour le téléchargement), modifie profondément l'usage des bien culturels (notamment dans les pratiques des jeunes qui s'écartent de plus en plus des institutions) ;
• La globalisation internationale des enjeux culturels, balaye toute velléité de protection : frontières des Etats, statuts des professionnels, corporatisme de l'exception culturelle (SYNDEAC)
• Le changement interculturel profond dans la démographie et la sociologie du pays.

Le partage solidaire de l'éducation populaire (développement culturel solidaire)
Depuis quelques années déjà des ministres de la culture (en particulier Catherine Trautmann) ont senti, combien le rapprochement entre culture et éducation populaire pourrait être fécond.
Cela vaut pour l'approche culturelle de l'éducation populaire qui consiste à revisiter des formules visant à renverser une démarche qui ne réduit pas l'approche culturelle à sa seule dimension artistique, mais, permet de mieux appréhender le monde pour mieux s'y situer individuellement et collectivement.
Cela vaut aussi pour l'Education nationale, qui devrait s'engager plus hardiment dans les enseignements artistiques à l'école, afin de créer auprès de nos enfants et jeunes une aspiration à l'exigence artistique.

L'espérance de la diversité culturelle
Mais cela ne suffira pas. Il faut résolument sortir d'un système qui a oublié en cours de route l'importance du territoire et de ses habitants, il faut écarter cette approche qui met l'artiste et le professionnel au cœur et le citoyen à la périphérie, bref sortir de "l'exception culturelle à la française".
Depuis 2001, la France, avec 150 autres pays, a adopté la "Déclaration universelle sur la diversité culturelle" adoptée par l'UNESCO le 2 novembre 2001. Cette déclaration d'envergure internationale érige la diversité culturelle au rang de "patrimoine commun de l'humanité, aussi nécessaire pour le genre humain que la biodiversité pour l'ordre du vivant".
Cette déclaration insiste sur le fait que chaque individu doit reconnaître, non seulement l'altérité, mais aussi la pluralité de son identité au sein de sociétés qui sont devenues, elles - même plurielles. Cette déclaration à laquelle la France s'est convertie, privilégie la cohésion sociale dans un pluralisme culturel qui reflète la diversité des populations.
Avant tout porteuse de citoyenneté et de droits culturels, elle remet en question les politiques passées, au bénéfice de la "personne" qui est la grande oubliée des politiques culturelles françaises.


Les chantiers à ouvrir…

QUAND LA CULTURE, NE FAIT PLUS BOUGER LA POLITIQUE
Avancer dans la construction des solutions passe par une association forte et une démarche de co-construction avec les citoyens.

• Le 1er chantier est un préalable consistant à ouvrir le débat sur les représentations culturelles. Il renvoie à la déclaration de l'UNESCO sur la diversité culturelle ;
• Le 2ème, porte sur les enjeux de la création artistique et propose une confrontation entre experts et citoyens éclairés pour préfigurer une décision publique transparente ;
• Le 3ème, sur le marché vise à sortir du système manichéen qui fait de la main invisible du marché le mal absolu ;
• Le 4ème, porte sur les coopérations nationales et internationales
• Le 5ème, sur l'émancipation culturelle.

C'est ce travail de longue haleine, car il faudra se débarrasser de vieux concepts et de vieilles habitudes tenaces, que GO - Citoyenneté invite à entreprendre dès aujourd'hui, sur ce blog et aussi dans le débat des prochaines élections municipales.
Il me semble que cette nouvelle approche des politiques culturelles et éducatives introduirait le ferment et l'enthousiasme, qui sont dans ce domaine comme dans bien d'autres, indispensables à l'action.

Samedi 15 Septembre 2007
Cécil Guitart
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