POINT de RUPTURE ?

Dans le Dauphiné - Libéré du 4 octobre 2007, à propos du 40ème anniversaire de la création de la Maison de la culture, Michel Orier dénonçe : "le pessimisme culturel des élites" et appelle "à sortir du prisme d'une sociologie de la culture assez mal faite en général, dans la mesure où elle ne sait pas mettre les éléments en lien".
"Il y aura d'abord un temps de réflexion…J'aimerais que Grenoble soit un point de rupture avec le discours dominant selon lequel la démocratisation culturelle est un échec".



Un débat indispensable

POINT de RUPTURE ?
Je ne sais à qui Michel Orier adresse l'injonction de rupture avec un discours dominant qui tendrait à stigmatiser la "démocratisation culturelle", ni qui sont ces "élites intellectuelles qui sombrent dans le pessimisme" ?
ni à quels sociologues il s'en prend qui ne sauraient pas faire leur métier de chercheur ? Ceux du Ministère de la culture ? Les universitaires de l'IEP ? Les chercheurs du CNRS ou de l'ENS Lyon ? Fait - il allusion à une enquête sur les pratiques culturelles des grenoblois parues en 2006, et sur leur comportement culturel, en 2005 ? Une chose est sûre, c'est que avec de tels propos, Michel Orier lance avec véhémence, une réflexion qu'il estime importante, au moment où l'on va célébrer le 40ème anniversaire de la Maison de la culture de Grenoble, aujourd'hui MC2. Dont acte !

La démocratisation culturelle n'est pas un echec !

POINT de RUPTURE ?
Nous considérons dans notre mouvement GO - citoyenneté, que le "référentiel démocratisation culturelle", ne constitue pas un échec, et que grâce à André Malraux et à tous les ministres de droite et de gauche qui lui ont succédé, le paysage institutionnel culturel de la France est envié et enviable.
Pourtant nous faisons partie de ceux, de plus en plus nombreux, qui considèrent que, 50 ans bientôt après Malraux, ce référentiel s'essouffle dangereusement.
-Au plan national toutes les enquêtes soulignent le tassement de l'entreprise de démocratisation culturelle qui butte sur une fatalité sociologique dans la fréquentation d'une population dont on a pas vu l'émergence interculturelle. Pour le spectacle vivant, le pourcentage est nettement inférieur à 10 %. Cela se confirme avec les 94 000 entrées de MC2 en 2006. En effet ramenées aux 34 % de grenoblois intra-muros, cela représente moins de 10 000 personnes physiques différentes, soit 6 % de la population.
-Au plan international, la position de repli de la France, à travers la défense de "l'exception culturelle", a fragilisé un pays qui s'enferme dans une citadelle culturelle (même pas assiégée !).
-Au plan local, l'héritage jacobin s'inscrit en ombre portée des politiques nationales
avec le risque d'oublier les territoires qu'il faut cultiver et les populations qu'il convient de ré - enchanter.

La diversité culturelle : un référentiel d'avenir.

POINT de RUPTURE ?
On peut aujourd'hui préférer (c'est notre cas à GO), à démocratisation culturelle, le référentiel de "diversité culturelle" qui réhabilite l'importance des territoires et de ses habitants.
Ce référentiel adopté par la France avec 150 autres pays (charte de l'UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée le 2 novembre 2001), privilégie la cohésion sociale dans un pluralisme culturel qui reflète la diversité des populations.
Porteuses de citoyenneté et de droits culturels, cette charte remet en question les politiques passées, au bénéfice des personnes qui ont été les grandes oubliées des politiques françaises.
Nous ne savons pas si ce nouveau référentiel des politiques culturelles, incarne "un pessimisme culturels des élites", mais il nous semble que les grands professionnels de la culture devraient - être attentifs à ne pas stigmatiser ainsi les observateurs qui constatent des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire.
Beau débat en perspective, mais s'agissant de culture, le "point de rupture" n'est pas forcément à l'endroit où on l'imagine.


Lundi 8 Octobre 2007
Cécil Guitart
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