LE TEMPS POUR UNE VRAIE DECENTRALISATION CULTURELLE



LE TEMPS POUR UNE VRAIE DECENTRALISATION CULTURELLE
"Il y a un manque de bonheur dans cette profession ! " : c'est ce que confiait une directrice de théâtre à Françoise Benhamou dans son dernier ouvrage (Les dérèglements de l'exception culturelle, Le Seuil, 2006), dans lequel elle montre pourquoi et comment le modèle culturel français est a bout de souffle.
Elle montre encore pourquoi, avec toujours plus de moyens, les politiques culturelles buttent sur une fatalité sociologique de 20 % de la population, et pourquoi le peuple se détourne de ses élites culturelles.


DE LA NOSTALGIE... AU SILENCE RADIO


Si l'on écoute les professionnels, les élus, comme je viens de le faire lors d'un colloque sur la décentralisation culturelle à Lyon, organisé jeudi 25 janvier 2006, par l'Observatoire des politiques culturelles, on entend 3 discours :
- le discours nostalgique d'un Etat prescripteur, incitateur, et protecteur des vingt premières années du ministère de la culture qui a su défricher le désert culturel français ;
- le discours nostalgique d'un Etat négociateur des vingt années suivantes qui a su, à travers les conventions de développement et les contrats de plan, installer des scènes de dialogue facilitant ainsi l'irrigation du territoire français en équipements culturels divers ;
- Et aujourd'hui, l'absence de discours d'un Etat silencieux, embourbé financièrement dans de grandes réalisations nationales léguées par les prédécesseurs, et cachant ce malaise en faisant de l'essaimage de succursales du Louvre et du centre Pompidou à Lens, à Metz, a Dubai… Pourquoi pas des comptoirs aux Indes, à Chandernagor et à Pondichéry !




La grande muette

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La grande muette, c'est ainsi que l'on qualifiait notre armée française. La Culture aurait - elle pris le relais ?
C'est en tout cas ce que le silence assourdissant que nous constatons depuis quelques années laisserait présager ! La Culture qui ne s'exprime pas (absente du plan Borloo, inexistante dans les programmes des candidats aux prochaines élections…), la Culture qui n'entend pas les messages de la population serait - elle devenue autiste ?
Il semble que ce soit en effet le cas ! Cette culture des "professionnels de la profession", devenue une culture "entre nous", une culture coupée de son peuple, traverse crise qui ne parvient même plus à se faire entendre. C'est ce que l'on appelle un coma dépassé.

Essayer la décentralisation totale…

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Dans ces conditions, pourquoi ne pas changer radicalement de système ?
Ce n'est pas une affaire de moyens… Le passage a "quasi 1 % du budget de l'Etat" n'a pas changé structurellement la donne… Aujourd'hui certains réclament pour le Ministère de la culture 1 % du PIB, sans se rendre compte que cela contribuerait à aggraver la crise.
Les mêmes constatent pourtant, que chaque fois que l'Etat a décentralisé (si peu !) une partie de ses prérogatives, les collectivités ont formidablement réussi.
Ce fut le cas pour les bibliothèques et pour les archives, aujourd'hui départementales, c'est encore le cas pour l'Inventaire…
Dans la mesure où les collectivités assument aujourd'hui la plus grosse part de la charge financière, pourquoi ne pas leur confier l'intégralité de la compétence ?
Pour donner un second souffle à la culture dans notre pays, il faut changer radicalement de système : passer à un système dans lequel il y aurait le moins d'Etat possible qui laisserait présager le mieux d'Etat possible, passer à un système dans lequel le principe de subsidiarité serait intégralement appliqué.



Chers candidats, il est temps d'oser !

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Ce système permettrait de rapprocher les politiques culturelles de la population et la culture (qui pourrait mieux se décliner au pluriel), reliée à son exigence artistique et à son impératif démocratique, pourrait plus facilement élargir sa base sociale.
Sauf à se complaire dans le déclin, qu'est - ce qui nous empêcherait d'essayer ?
Qu'en pensent les candidats à la présidence de la République ?

Mardi 30 Janvier 2007
Cécil Guitart
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