Car, enfin, la défiscalisation et les allègements de cotisations ont déjà été essayés dans certains secteurs de l'économie, sans donner des résultats probants, quand ils n'ont pas été contre - productifs comme dans l'hôtellerie.
Ce n'est ni l'effet Sarkozy, ni je ne sais quel miracle du "travail qui aspire le travail" qui cacheront longtemps, que s'il s'agit d'un bon slogan de campagne, cette mesure n'est au mieux qu'une rustine économique.
Ce pourrait être, non le slogan, mais le programme d'une gauche déculpabilisée. La gauche ne doit plus se laisser impressionner par cette faculté, qu'à désormais la droite à se rassurer et à rassurer une France qui doute. Elle ne doit plus chercher à emprunter les valeurs d'une droite (Travail, Famille, Patrie, Sécurité), qui sera vite confondue dans ses contradictions. La gauche doit se ressaisir, explorer et partager avec nos concitoyens, avec lucidité et générosité ses valeurs constitutives.
Le Réformisme auquel nous aspirons doit être fondé justement sur la reconnaissance d'une réalité profonde : le fait que le travail a perdu de sa centralité. Nous ne devons plus réagir comme si nous ne savions pas qu'en 1850 le travail, avec 5000 heures / an, représentait 60 % du temps de vie des gens, alors qu'il ne représentait plus que 36 %, au début du siècle, avec 3200 heures et qu'il ne représente plus aujourd'hui que 18 % avec 1600 heures.
La survalorisation éthique du travail, que souhaite exacerber la droite (on peut comprendre pourquoi ?), alors qu'il diminue de plus en plus, conduit à se demander si nous travaillons pour vivre ou si nous vivons pour travailler. Le choc culturel d'un nouveau rapport au travail n'est pas et ne sera pas facile à intérioriser. Pourtant c'est sur ce registre que la gauche pourra se déculpabiliser : car partager le travail, c'est partager la richesse et c'est aussi partager la vie. Et ce n'est pas la croissance, toujours souhaitable (à conditions qu'elle soit maîtrisée), qui changera la donne.
Nous entrons dans un monde économique nouveau où le savoir et la culture vont peu à peu, remplacer l'économie comme modèle intégrateur. Nous entrons dans un monde qui passe d'une société prométhéenne du travail à une société de l'information et de la connaissance. Nous entrons dans un monde où il faudra que nous sachions mieux partager la croissance, notamment avec les pays pauvres, un monde où le salut des hommes n'est pas forcément dans " l'avoir", mais dans un enrichissement de son "être" pour "mieux - vivre - ensemble".
La gauche a le temps de travailler ces questions, sans attendre que l'actualité ne mette en évidence les supercheries d'une campagne où la communication a pris le pas sur la raison.
C'est peut - être par un tel travail que passe sa refondation.