Construction et démolition des logements sociaux

Il y a beaucoup de débats autour du processus de reconstruction - démolition des logements sociaux. Nous sommes favorables aux démarches en cours sur Grenoble… quelques explications



Construction et démolition des logements sociaux
Des démarches de renouvellement urbain et de développement social sont actuellement en cours à Grenoble, sur la base des orientations de la politique de la ville – meilleure intégration des quartiers dans la ville, amélioration des conditions d'habitat, de la qualité des espaces et des équipements publics, promotion collective des habitants. Elles se traduisent souvent par des opérations de construction et de démolition, aussi bien de logements que d'équipements. C'est le cas dans les quartiers Teisseire et Mistral où l'engagement municipal est fort depuis une dizaine d'années maintenant, et où les opérations ont été largement soutenues par les autorités de l'Etat et également accompagnées par les autres grands partenaires de la politique de la ville, Région, Département, Métro.
C'est dire que nous n'avons pas attendu, la création de l'ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine) à l'été 2003 et sa mise en place en 2004, pour les concevoir, les décider, les mettre en œuvre.

A Teisseire et à Mistral

Au cours de ces années, sans revenir sur le détail des actions menées, nous avons notamment démoli un certain nombre de logements à Teisseire (environ 200) et à Mistral (64). Nous l'avons fait en veillant, sous la responsabilité éminente de l'OPALE puis d'ACTIS, le bailleur social, aux conditions de relogement des personnes et des familles concernées.
Nous l'avons fait en pensant que tel ou tel immeuble, telle ou telle montée était dans un tel état de vétusté, les conditions d'habitat étaient si médiocres, qu'il valait mieux aller vers la reconstruction de nouvelles habitations, aux normes plus contemporaines en terme de taille des immeubles et de qualité des logements.

Soyons clairs. Il arrive qu'une démolition soit nécessaire, inévitable, lorsqu'il y a " péril en la demeure " au sens strict. C'est le cas dans certains îlots anciens du centre ville, où dans le cas du quartier Jean Macé, cité HLM des années 30 dont les immeubles sont menacés d'effritement.

Dans les quartiers Teisseire et Mistral, nous parlons de démolition souhaitable, au sens où il n'y a pas de péril technique ni menace d'effondrement, mais intérêt général à favoriser la transformation physique et spatiale du quartier et son évolution urbaine et sociale : passage de voirie et de cheminement, ouverture visuelle, unités d'habitation d'une dimension plus facile à assumer et à gérer par les habitants et les bailleurs, mixité des fonctions urbaines (par l'introduction d'activités et de services), diversification du type d'habitat permettant d'aller vers un autre équilibre social et démographique de la population.

Et la question qui fait débat aujourd'hui parmi nous, au sein des forces politiques et des milieux associatifs, comme avec les habitants, est de savoir si cette démarche de construction et de démolition que nous poursuivons doit être maintenue ou interrompue, compte tenu de la situation que nous connaissons à Grenoble et dans l'agglomération grenobloise:

  • D'une part un manque chronique de logements sociaux pour accueillir un nombre toujours croissant de demandeurs ;
  • D'autre part la permanence sinon l'augmentation d'une population de ménages aux ressources faibles et précaires qui ont beaucoup de mal à faire face aux dépenses de la vie quotidienne, à commencer par celles liées au logement. Or les logements neufs produits actuellement sont d'un coût supérieur (loyer et charges) à celui des logements anciens.

Notre engagement

Construction et démolition des logements sociaux
La réponse que nous donnons à cette question est oui, il faut continuer sur le chemin dans lequel nous nous sommes engagés sans se masquer les difficultés, en faisant donc preuve de prudence mais aussi de résolution. Nous pensons que les enjeux en cause l'emportent sur les objections et appellent la poursuite de notre démarche – sous les conditions expresses suivantes :
  • Proposer aux personnes et aux familles concernées par le relogement des conditions satisfaisantes pour elles, du point de vue de leur nouveau lieu d'habitation et des coûts financiers (au regard de leurs ressources), de leur nouveau logement. C'est tout l'objet de la charte de relogement élaborée dans le quartier Mistral, sous la responsabilité de Florence Hanff, adjointe au logement, entre les associations représentant les locataires (Union de quartier, CSF), les bailleurs sociaux et la Ville ;
  • Veiller à accroître le parc de logements dans le cadre des opérations de renouvellement urbain et à l'échelle de l'ensemble de la commune. C'est le cas à Grenoble où la ville s'est vigoureusement engagée dans un effort de construction à travers de nombreuses opérations publiques réparties sur l'ensemble de son territoire (Vigny Musset et Leconte de Lisle, Caserne de Bonne, Bouchayer-Viallet, Schneider, Jeux Olympiques, Beauvert) et à travers le Plan Local d'Urbanisme, lui-même incitatif. Celles-ci garantissent un gain de logements sociaux significatifs. Ajoutons qu’à Teisseire-Jouhaux comme à Mistral-Eaux Claires, les opérations de renouvellement urbain conduisent à un solde positif de nombre de logements après démolition, avec une première diversification de l'habitat.

Pour donner une vue d'ensemble en terme de chiffres, on peut estimer que sur la période 2004-2010, la ville de Grenoble connaît et connaîtra un rythme de production moyen annuel de 750 logements neufs dont 250 à 300 logements sociaux, conforme à ses engagements. A mettre au regard d'une hypothèse moyenne de démolition de 50 à 100 logements par an.

  • Accompagner ces processus de construction et démolition d'une dynamique politique qui assure la réalisation des objectifs de renouvellement urbain et de développement social que nous visons et dont nous pensons qu'ils représentent un progrès pour notre communauté locale et les citoyens qui la composent.

Cette dynamique politique doit elle-même prendre appui sur un comportement à la fois de fermeté et de retenue, avec la vive conscience de la tension dans laquelle nous nous trouvons. La démolition des logements est une violence, faite aux personnes à la fois celles qui sont directement touchées, mais aussi celles qui attendent un logement. Comment leur faire comprendre et leur faire accepter une telle décision ? Par un respect sourcilleux des conditions qui leur sont proposées et dans le dialogue soutenu avec elles-mêmes et leurs associations sur les motifs et les enjeux du renouvellement, en n'avançant que pas à pas, au rythme autorisé par l’attention aux personnes et la prise en compte de leur situation.

Lundi 6 Mars 2006
Jean-Philippe Motte
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Commentaires articles

1.Posté par marie vallier savine le 15/03/2006 16:43
La photographie comme fabrique de la ville

Ce travail issu de pérégrinations sur des territoires divers détermine la photographie reportage, qui fonde ma recherche.

La prise de vue, par sa capacité à produire du récit, me permet d'examiner les petites choses du quotidien : travaux et transformations urbaines, morceaux de paysage dans la ville, jardins collectifs...)
C'est à travers les jeux du "vrai" et du "faux réel"que la photographie met en oeuvre, que l'on perçoit l'enjeu du pouvoir dont elle se fait le lieu incarné.


Quelle image voyons-nous face à celle produite par
nous-mêmes en lieu et place de l'Autre, si ce n'est, miroir et
reflet, notre propre regard ?

Ce qui fait image dans le visible n'est pas visible

Comment la photographie contribue-t-elle à fabriquer l'histoire de la ville ?
à participer à la construction d'un certain type de regard sur le réel

Quelle histoire fabrique-t-elle et pour qui?"


2.Posté par philippe vic le 17/03/2006 00:17
D'accord avec J.P. Motte, IL FAUT AGIR POUR AMENER DE LA DIVERSITE DANS CES QUARTIERS où l'on a, dans le passé, spécialisé la fonction d'habitat social.
Mais la transformation fondamentale du vécu des habitants de Mistral ou de Teisseire viendra-t-elle seulement de quelques démolitions et réamménagement d'espaces publics. Et ce n'est pas en les groupant dans les réflexions urbaines avec des quartiers voisins plus mixtes que leur usage réel changera.

Que faire pour qu'un habitant du centre ville ait envie d'aller à Mistral ? Dans de nombreux projets qui ont véritablement transformés un quartier, c'est souvent par l'implantation d'équipements publics ou privés attractifs au niveau de la ville voir de l'agglomération que la reconnaissance vient. MAIS EN A T-ON LES MOYENS... ET LA VOLONTE ?

La concurrence des nouveaux quartiers phares de la politique urbaine ou économique de la ville est réelle. ils sont bien plus attractifs et recherchés pour installer un nouveau cinéma, un centre commercial spécialisé, une salle de spectacle ou un musée... ces projets en ont aussi besoin pour asseoir leur crédibilité.

Alors je crains que l'on ne fasse que du replatrage, qui certe améliorera l'environnement et la vie quotidienne de ses habitants, peut être l'image du quartier, mais qui ne transformera pas vraiment ni son usage ni sa place dans la ville.

Par ailleurs, qu'elles sont les actions concrètes, au delà des louables intentions affichées, pour reloger à Bonne, Bouchayer-Viallet ou Schneider, les habitants des quartiers anciens démolis, à des prix comparables à leurs anciens loyers (soit largement inférieurs à ceux du locatifs neufs) ?

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