Un professionnel souligne que ces transformations ont obligé aussi les professionnels à modifier leur mode d’intervention.
La comparaison entre les deux quartiers montre combien la préoccupation de la place des jeunes a été très différemment prise en compte sur les deux quartiers. A Teisseire le « foyer » maison pour tous a été relégué. Gilles Escala évoque la liquidation du DAJT (Dispositif d'Animation Jouhaux Teisseire) l’association qu'il présidait et qui avait été créé à la suite du fiasco des deux MJC de Jouhaux et Teisseire et de son non remplacement à ce jour par quelque chose qui pourrait canaliser positivement l’énergie des jeunes.
La question du lien entre les associations et l’union de quartier est évoquée et la nécessité sans doute de mieux coordonner tous les efforts ;
Réflexion aussi sur la rue comme lieu de vie important et la nécessité d’être en capacité d’assurer une présence mobile.
Le centre social quant à lui s’est engagé dans une démarche de démocratie participative avec un lien nouveau entre les deux quartiers Teisseire et Malherbe. D’autres liens se sont crées entre les habitants et les professionnels. Le petit déjeuner hebdomadaire est un lieu réel d’échanges et de liens. La pratique régulière du Théâtre Forum redonne confiance, en révélant les capacités de chacun à analyser les problèmes et proposer des solutions. De nouvelles formes d’aide et d’entraide s’inventent. Il est évoqué la création d’une tontine.
Un habitant qui joue son rôle de critique et sait exprimer le mécontentement et les revendications des gens du quartier reconnaît ici « en off » que beaucoup d’initiatives positives existent et que les changements sont à porter en positif au bilan, même s’il y a toujours des regrets sur l’avant et qu’il ne faut pas se satisfaire de l’existant.
Les comparaisons entre les deux quartiers s’avèrent intéressantes, comme si chacun avait réussi ce que l’autre n’a pas su faire. « Si ce n’était pas Mounira qui le disait, je n’aurais pas cru possible qu’il y ait 42 référents constitués aujourd’hui en association. » (HB)
Mais a contrario, le Plateau apparaît comme un rêve lointain et inaccessible au regard de ce qui est proposé à la jeunesse de Teisseire.
Un échange assez long a lieu sur les conditions de réussite de transfert d’un lieu et des transformations d’activités comme ce fut le cas à Mistral entre la Maison pour Tous et le Plateau : s’appuyer sur ce qu’on savait faire, mais formuler «un contenu pédagogique solide » autour du projet de « vivre ensemble » qui traverse toutes les activités et fait de l’accompagnement des jeunes un projet global d’insertion sociale.
A Teisseire, après plusieurs projets qui paraissent plutôt des échecs, il est noté que depuis mai 2008 rien n’a été proposé aux jeunes.
Certaines pratiques municipales sont également dénoncées, lorsque des intervenants parachutés viennent se substituer pour un temps à des professionnels en place puis repartent rapidement.
Dans le même constat de discontinuité il est souligné combien le principe même des CUCS (Contrats Urbains de Cohésion Sociale) reposent sur une durée limitée et le risque de concurrence entre projets.
Il est souligné également combien une politique de la jeunesse doit pouvoir articuler du formel et de l’informel et qu’une équipe soudée doit créer avec patience la confiance. Il y a urgence à Teisseire où les jeunes seraient de plus en plus éloignés d’en espace public partagé. Il faut aussi accepter un espace non aseptisé, le droit à l’erreur,
Concernant la mixité (filles/garçons) dans les équipements HB répond qu’il n’y a pas de problèmes particuliers, que les filles sont tout aussi présentes que les garçons et que, les uns et les autres se connaissant depuis toujours, les rapports sont aisés.
Une question est posée concernant les rapports entre associations, notamment avec les associations d’obédience musulmane. Il ne semble pas qu’il y ait une vraie demande de rencontres, c’est un peu « chacun chez soi ».
Mais c’est au niveau de l’école que la non mixité sociale des quartiers semble la plus lourde de conséquences négatives et impose un renforcement de l’action éducative, dans le temps même où on assiste à un désengagement de l’Etat.
Une vie quotidienne améliorée dans un cadre de vie rénové peut aussi contribuer à une reprise de confiance dans ses propres capacités, dans l’action publique, ainsi que les uns dans les autres.
C’est sur ce mot de confiance que la matinée se termine.