27 septembre 2010 : Événements de l'été : bilan et perspectivesIntervention de Paul Bron
"Nous refusons de toutes nos forces que la Villeneuve soit prise comme laboratoire de la politique sécuritaire, anti immigrés du président Sarkozy et de son gouvernement. Nous sommes ulcérés par cette stigmatisation à caractère national qui ne fait qu’enfoncer toute une population dans une image de plus en plus négative." Nous partageons le cri des habitants de la Villeneuve cet été.
Il est aberrant de réclamer plus de vidéo surveillance, plus de police municipale, plus de répression sans s'interroger sur les causes de cette situation. Depuis 30 ans la précarité et le chômage augmentent, notamment chez les jeunes, et de plus en plus de familles se retrouvent en grandes difficultés sociales et se concentrent dans ces quartiers. Il nous faut une compréhension précise de la dégradation sociale accélérée de certains quartiers populaires et pas seulement de celui de la Villeneuve. La situation est tout aussi tendue et alarmante dans d'autres quartiers de la ville, malgré les importants travaux de rénovation urbaine engagés par la Mairie ces dernières années. Mais aujourd'hui, le temps n’est plus à la dénonciation. Il faut aller de l'avant et continuer à construire, avec les habitants et les professionnels, des réponses volontaristes, innovantes et adaptés à la situation. La Villeneuve n’est en rien le ghetto qu’on nous dépeint, surtout si on le compare à d’autres quartiers de la politique de la ville. Elle a de nombreux atouts qu'il faut reconnaître, valoriser et promouvoir. Ce quartier est riche d’une diversité que l’on doit inclure dans un projet commun à tous les habitants. A la Villeneuve 2 éléments sont lourds de conséquences : • la sociologie du quartier, ou les équilibres sociaux et ethniques ne sont plus respectés. Nous en faisions encore le constat lors de nos rencontres en pied des ascenseurs aux mois de Juin et de Septembre • l'enfermement d'un quartier dans un périmètre marqué par des barres d'immeubles difficilement franchissables de l'extérieur, qui contribuent à renforcer l'idée d'un village renfermée sur lui même avec ce que cela suppose de sentiment d'appartenance mais aussi de ségrégation, de dérives et d'impuissance. Rappelons que le plan de rénovation urbaine comporte une modification des caractéristiques du parc immobilier de la Villeneuve et notamment à l'Arlequin. Il est prévu de transformer en accession à la propriété, le statut de nombreux logements locatifs afin d'arriver à un équilibre 50/50. Dans le même temps il reste essentiel de retravailler la politique d'attribution des logements sociaux afin d'inverser progressivement, la composition sociologique du quartier. Cependant nous n'avons certainement pas suffisamment pris la mesure de la situation réelle des habitants de la Villeneuve et spécifiquement du nombre important de personnes étrangères jeunes et vieux notamment sur le quartier de l'Arlequin. Non pas pour produire encore plus d'exclusion et de discriminations, mais pour encourager au contraire leur intégration : développer les activités socio linguistiques et interculturelles, traduire la communication, inclure des interprètes et des écrivains publics, afin de s'assurer de la compréhension des messages, de partager une même langue et de pouvoir dialoguer avec ces familles souvent exclues des débats.
Voici d'autres pistes d'actions qu'il nous semble urgent de développer :
1. Il est bien évident que les politiques classiques d'éducation, d'accès à l'emploi, au logement, à la santé, à la culture restent indispensables et qu'il faut les renforcer, les développer. A cette fin l'accès à un plus grand nombre doit être recherché. 2. Nous avons besoin d'un renforcement de l'action publique et de la présence des services publics mais aussi des commerces sur le terrain, (notamment par exemple d'un bar animation sur la place). Cette action n'est pas à la seule mesure de notre collectivité, déjà très impliquée, mais elle doit contribuer encore plus. 3. Dans le domaine de l'accès à l'emploi prendre en compte la question de la discrimination liées à l'origine, au faciès ou au quartier d'habitation qui plombe toute recherche d'emploi chez les jeunes Renforcer la présence de la mission locale, développer les chantiers d'insertion, mieux mobiliser les entreprises du bassin grenoblois mais aussi les réseaux de l'économie sociale et solidaire. 4. En terme de prévention et de sécurité, renforcer la présence des éducateurs, des policiers municipaux certes mais aussi d'une police nationale qui accepterait de se territorialiser à nouveau afin de rétablir les liens de connaissance du terrain. Consolider le dispositif des correspondants de nuit de nuit de la Villeneuve et si possible l'étendre à d'autres quartiers. 5. L'accompagnement à l'autonomie des adolescents et des jeunes adultes reste un objectif majeur. Le désœuvrement et le manque de perspectives d'avenir produisent des effets dévastateurs incontrôlables, propices aux trafics en tout genre et aux violences urbaines. Si la présence éducative est assurée pour les enfants et les pré adolescents, elle est très insuffisante pour les jeunes adultes. Une équipe d'animateurs jeunesse est devenue indispensable, en lien avec les associations et les équipements du quartier. Expérimentons d'autre part un service civique intergénérationnel de 16 à 77 ans. 6. Enfin dans le domaine de l'éducation, il faut mettre en œuvre sur ce quartier, sans attendre, tous les engagements du projet éducatif grenoblois : consolider la qualité de l'encadrement des cantines scolaires, multiplier les PEL, élargir les plages d'ouvertures des écoles par des activités éducatives, mettre en place le programme. « Parler » dans les écoles maternelles, développer les actions liées à la parentalité notamment avec la mise en place de « cafés parents » le samedi matin dans les écoles en lien avec les parents d'élèves délégués de classe et les associations éducatives. Au niveau du collège Lucie Aubrac, après la mise en œuvre cette année, d'une dynamique d'apprentissage des matières scientifiques, avec par exemple l'installation du centre pilote « la main à la pâte » dans les écoles primaire de la Villeneuve, pourquoi ne pas transformer le collège en collège / lycée scientifique Charpak tel qu'avait été pensé le projet initial, projet qui reprend d'ailleurs de l'actualité avec la fermeture annoncée par le Conseil Régional du Lycée Mounier. Ne sous estimons pas les difficultés de ce quartier et plus largement des quartiers d'habitat social de la ville. Nous portons tous une part de responsabilité quant à leur situation d'aujourd'hui. Pouvons-nous nous mobiliser ensemble, élus et habitants pour tenter d'inverser les déterminismes sociaux. Mardi 28 Septembre 2010
G O
Lu 883 fois
Dans la même rubrique :
|
|
||||
|
|||||





C A N T O N A L E S
